Qui veille au grain ? Du consensus scientifique à l'action publique
Partie IV. Les obstacles à surmonter

Les évolutions requises pour assurer notre sécurité alimentaire future vont à rebours des dynamiques historiques de spécialisation, d’intensification et de concentration du système alimentaire. Pour sortir du modèle agro-industriel, il est nécessaire de comprendre les mécanismes qui l’ont produit et le maintiennent en place. La recherche des coûts de production les plus bas sur des marchés ne prenant pas en compte les coûts sociaux et environnementaux constitue un obstacle fondamental à un changement de trajectoire. Il s’accompagne d’autres verrous d’ordre économique, réglementaire, politique, technique et sociologique.

La construction du modèle agro-industriel

L’industrialisation des secteurs agricole et alimentaire est un processus qui débute au XIXe siècle dans les pays occidentaux

1Pour une description du processus et sa contextualisation historique voir Mazoyer M. et Roudart L. (1997) Histoire des agricultures du monde : du néolithique à la crise contemporaine. Le Seuil, Paris.
. Elle est le fruit de la rencontre entre les grandes innovations techniques et scientifiques de l’époque (machines thermiques et électriques, transports et télécommunications, génie chimique et génétique, conservation des aliments) et l’économie de marché capitaliste
2Touzard J.-M. et Fournier S. (2014). La complexité des systèmes alimentaires : un atout pour la sécurité alimentaire? VertigO 14.
3Le capitalisme est ici défini comme un système global d’organisation de la société structuré par et pour la rémunération des détenteurs de capitaux. Les profits capitalistes proviennent fondamentalement de la captation d’une partie de la valeur créée par les acteurs économiques, soit de manière directe à travers les bénéfices des entreprises, soit de manière indirecte à travers les loyers et les crédits. Ils peuvent aussi être le fruit d’une augmentation de la valeur marchande des actifs. Comprenant des mécanismes de protection et de transmission de la propriété privée, le capitalisme suit une logique intrinsèque d’accumulation inégale des richesses.
. La maîtrise de l’irrigation, les engrais minéraux, la sélection variétale et les pesticides de synthèse conduisent à une augmentation spectaculaire des rendements (quantité produite par hectare). L’essor du machinisme est quant à lui à l’origine d’une explosion de la productivité du travail agricole (quantité produite par travailleur). De la production à la distribution en passant par la transformation, tous les maillons du système alimentaire sont concernés par l’industrialisation. Toutefois, seule une partie des agriculteurs et des entreprises y prennent part : ceux capables de rassembler les capitaux pour réaliser les investissements nécessaires (foncier, animaux, bâtiments, machines et outils, usines, etc.). Ces actifs leur permettent de bénéficier d’importantes économies d’échelle et gains de productivité. Leurs coûts de production diminuent, ils deviennent plus compétitifs et récupèrent les parts de marché de leurs concurrents. Les bénéfices réalisés permettent de nouveaux investissements et le processus s’auto-entretient. Ce mécanisme a plusieurs conséquences majeures.

L’augmentation conjointe de la quantité de marchandises produites et de la productivité du travail permet de fournir en masse des produits alimentaires standardisés et bon marché à la population. Les prix agricoles connaissent une baisse tendancielle

4Butault J-P. (2008) La relation entre prix agricoles et prix alimentaires : une approche macro-économique en France entre 1978 et 2005. Revue Française d’Économie 23:215–240.
et la part du budget des ménages consacrée à l’alimentation en France passe de 30 % en 1960 à 15 % en 2018
5Agreste (2021) Graph’Agri 2021. Revenus et dépenses des ménages. Consommation des ménages.
.

Les acteurs économiques se spécialisent et on assiste à une division du travail à la fois horizontale (les fermes et les régions se spécialisent dans certaines productions : grandes cultures, élevage, maraîchage, etc.) et verticale (les secteurs de l’agrofourniture, de la transformation, du négoce et de la distribution se structurent).

Un important mouvement de concentration économique accompagne ces évolutions. De grands groupes acquièrent une position oligopolistique

6Le terme oligopole est employé ici pour souligner le pouvoir d’un petit nombre d’acteurs économiques, qu’ils soient en position d’acheteurs (oligopsone), de vendeurs (oligopole au sens strict), ou les deux à la fois.
sur les secteurs amont et aval de l’activité agricole. Cette concentration a aujourd’hui atteint un stade critique et déséquilibre fortement les rapports de force au sein du système alimentaire (Figure IV.1).

concentration firmes agrofourniture
Figure IV.1 : Évolution de la concentration économique dans l’agrofourniture entre 1994 et 2014, à l’échelle mondiale. Aujourd’hui, pour chacun des secteurs présentés, les quatre plus grandes entreprises détiennent plus de 50 % des parts de marché mondiales
Source : Les Greniers d’Abondance CC BY-NC-SA, d’après IPES-Food (2017)
7IPES-Food (2017) Too big to feed: Exploring the impacts of mega-mergers, concentration, concentration of power in the agri-food sector.

Un ensemble de politiques publiques encourage le processus d’industrialisation en favorisant les investissements et la recherche, en régulant les marchés et en soutenant l’exportation des excédents commerciaux. Tandis que la baisse des prix alimentaires devient un enjeu national, permettant aux ménages de libérer du pouvoir d’achat pour d’autres marchandises et services, l’agriculture devient un facteur de puissance et de compétitivité à l’échelle mondiale.

Dans les campagnes, le nombre de travailleurs agricoles chute brutalement, conséquence directe de l’augmentation de la productivité. Les fermes s’endettent, s’agrandissent, se spécialisent et s’intègrent dans les « chaînes de valeur » agro-industrielles. Elles deviennent les débouchés d’entreprises situées en amont (machines, engrais, semences, pesticides, alimentation animale) et les fournisseurs d’entreprises situées en aval (agroalimentaire et grande distribution). La montée en puissance des coopératives permet aux agriculteurs d’accroître leur pouvoir de négociation face aux fournisseurs d’intrants et d’assurer le stockage, la transformation et la commercialisation de leur production

8Valiorgue B. et al. (2020) Quelles évolutions de la raison d’être des coopératives agricoles françaises ? Regard historique sur un construit social. RECMA 358:23–38.
. Les logiques de l’industrialisation et de la concurrence s’imposent toutefois également à ces structures : recherche de gains de productivité, concentration économique, orientation à l’export pour écouler les excédents de production. Finalement, la dépendance des agriculteurs aux intermédiaires s’accentue, généralement aux dépens des premiers. En effet, alors que les agriculteurs sont à l’origine des investissements pour gagner en productivité, les bénéfices en reviennent majoritairement à leurs partenaires industriels
9Butault J-P. (2008) La relation entre prix agricoles et prix alimentaires : une approche macro-économique en France entre 1978 et 2005. Revue Française d’Économie 23:215–240.
10Valiorgue B. (2020) Refonder l’agriculture à l’heure de l’anthropocène. Le Bord de L’eau. p.104
. Les prix payés aux agriculteurs poursuivent leur baisse tendancielle et finissent par ne plus couvrir les coûts de production pour nombre d’entre eux (rémunération du travail incluse). Les subventions publiques deviennent ainsi nécessaires à la survie des entreprises agricoles et entretiennent la captation de valeur par les acteurs aval.

elevage intensif volailles
Élevage de volailles hors-sol dans le comté de Norfolk (Royaume-Uni).
Ce type de système de production représente une des formes les plus abouties d’intégration des fermes dans les filières agro-industrielles. Les éleveurs sont la plupart du temps engagés dans des contrats encadrant les cycles de production, les aliments utilisés, la génétique des animaux, les traitements vétérinaires, et la commercialisation (prix et volumes). À l’asymétrie des pouvoirs de négociation et à la perte d’autonomie décisionnelle s’ajoute la nécessité pour les agriculteurs d’assurer à leurs frais les investissements requis pour se doter d’un outil de production (bâtiments et matériel) adapté aux standards industriels.
Crédits : © OpenCages

Depuis les années 1980, la financiarisation

11La financiarisation se manifeste par deux facteurs significatifs : l’introduction en bourse d’un nombre croissant de grandes entreprises et un afflux de capitaux vers les marchés financiers secondaires (produits dérivés). Par conséquent, les flux financiers sont de plus en plus dissociés de l’économie « réelle », tandis que les attentes en termes de rémunération du capital sont propices à la spéculation et à une évolution des stratégies d’entreprises vers l’intérêt de court terme de leurs actionnaires.
et la libéralisation
12On entend ici par libéralisation des mesures qui visent à promouvoir la concurrence entre acteurs économiques au sein des marchés. Le principe théorique est que l’auto-régulation des marchés permet une organisation optimale des activités et des échanges. Depuis les années 1980, les politiques libérales s’intègrent dans un nouveau courant idéologique : le néolibéralisme. Les États ont un rôle actif à jouer pour construire le cadre réglementaire nécessaire au bon fonctionnement de marchés concurrentiels (fin des monopoles publics, accords de libre-échange) et doivent eux-mêmes se soumettre à ces règles. Leurs interventions sur les marchés sont ainsi censées se conformer à celles de n’importe quelle entreprise privée en compétition avec d’autres. Voir Dardot P. et Laval C. (2009) La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale. La Découverte.
de l’économie exercent une influence croissante sur les systèmes alimentaires. La cotation en bourse des grandes firmes agro-industrielles exerce une pression continue pour dégager des profits croissants et les expose aux aléas des marchés financiers. De nouveaux produits financiers dérivés des cours des matières premières agricoles se développent et alimentent une spéculation amplifiant la volatilité des marchés
13Il s’agit vraisemblablement d’un facteur aggravant de premier ordre dans l’envolée des cours agricoles à l’origine de la crise alimentaire de 2008 ; voir De Schutter O. (2010) La spéculation sur les denrées alimentaires et les crises des prix alimentaires. Note d’information du rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation.
. Les politiques publiques de régulation des marchés agricoles (encadrement des prix, quotas, stocks) sont abandonnées, ce qui encourage la pression à la baisse sur les prix par les acheteurs en situation d’oligopole. Les accords de libre-échange mettent en concurrence des systèmes agricoles très différents, accentuant le processus de sélection des coûts de production les plus faibles et entraînant un nivellement par le bas des conditions sociales et environnementales de production à l’échelle mondiale. La libre circulation des capitaux accroît la différence de compétitivité entre les PME et les multinationales capables de réaliser des délocalisations physiques (pour bénéficier d’une main d’œuvre bon marché) ou fiscales (pour bénéficier de la fiscalité peu contraignante de certains États), confortant leur position dominante sur les marchés.

En France comme dans d’autres pays, de nouvelles formes d’agriculture « aux allures de firme » se développent, en rupture avec les formes familiales traditionnelles

14Purseigle F. et al. (2019) Des entreprises agricoles “aux allures de firme”. Mutations des exploitations agricoles françaises et nouveaux modes d’accès au foncier. hal-02063962
15Forget V. et al. (2019) Actif’Agri. Transformations des emplois et des activités en agriculture. Centre d’études et de prospective, Ministère de l’agriculture et de l’alimentation. La Documentation française, Paris.
. Celles-ci se caractérisent par la tertiarisation des activités (sous-traitance des travaux agricoles, voire de l’ensemble de la gestion de l’entreprise) et par la concentration des actifs (bâtiments, matériel, et éventuellement foncier) au sein de sociétés agricoles, parfois elles-mêmes regroupées en holdings.

En résumé, le système alimentaire s’est construit comme d’autres grands secteurs industriels (communications, pharmaceutique, textile, etc.) en suivant les règles et conventions économiques dominantes. L’engrenage suivant se met en action et s’impose à tous les acteurs du système alimentaire (Figure IV.2) :

  1. que ce soit pour maximiser les profits des détenteurs de capitaux ou simplement pour maintenir leur activité dans un environnement de plus en plus concurrentiel (en particulier à l’international), les entreprises de l’agro-industrie et les agriculteurs sont incités à réduire leurs coûts de production ;

  2. les coûts de production sont réduits en premier lieu grâce à des gains de productivité (spécialisation et économies d’échelle) ;

  3. les systèmes les plus compétitifs sont sélectionnés, les autres disparaissent, ce qui conduit à la concentration des activités économiques ;

  4. la diminution des coûts de production se poursuit, soit par la réalisation de nouveaux investissements (pour les agriculteurs et les entreprises), soit grâce à un pouvoir de négociation accru permettant d’acheter ses fournitures à meilleur prix (pour les grands groupes industriels et commerciaux) ;

  5. cette dynamique se renforce d’elle-même et, en l’absence d’encadrement par les pouvoirs publics, permet l’émergence d’oligopoles qui captent une part importante des bénéfices associés aux gains de productivité et utilisent leur pouvoir d’influence pour conserver un cadre institutionnel qui leur est profitable ; les subventions publiques deviennent nécessaires pour la survie économique des agriculteurs faute de prix suffisamment rémunérateurs.

Figure IV.2 : dynamiques et éléments structurants du modèle agro-industriel.
Crédits : Les Greniers d’Abondance, CC BY-NC-SA ; icônes The Noun Project

Au cœur de la dynamique industrielle, la réduction des coûts de production est très problématique dans le cadre économique actuel. En effet, ces coûts n’intègrent pas les coûts sanitaires, sociaux ou environnementaux associés à la production ou à la consommation des aliments : il s’agit d’externalités négatives. Les pratiques délétères en matière de santé publique, de conditions de travail et d’impacts environnementaux sont sélectionnées tant qu’elles apportent un gain de productivité. Les défaillances observées (voir I. Un système défaillant) ne sont donc pas des dysfonctionnements du modèle agro-industriel mais des conséquences attendues des règles qui déterminent son organisation.

Plus généralement, l’exemple du système alimentaire illustre les problèmes qui surviennent lorsqu’un secteur s’organise selon les principes de l’économie de marché dans un contexte où le marché en question est notoirement défaillant du fait de la concentration du pouvoir aux mains d’un nombre restreint d’acteurs et de la présence de nombreuses externalités négatives.

Un système verrouillé

La construction du modèle agro-industriel s’est accompagnée de la mise en place d’un certain nombre de verrous d’ordre économique, réglementaire, politique, technique, et sociologique. Ceux-ci se renforcent mutuellement et s’opposent au développement d’un modèle alternatif. Quand bien même des agriculteurs ou des entreprises seraient convaincus de la nécessité de changer leurs pratiques ou de transformer leur modèle économique, leurs marges de manœuvre réelles dans le contexte économique et politique actuel sont très limitées, voire inexistantes. Plusieurs travaux et ouvrages ont cherché à caractériser ces verrous et les moyens de les lever

16IPES-Food (2016) From uniformity to diversity: a paradigm shift from industrial agriculture to diversified agroecological systems. International Panel of Experts on Sustainable Food systems.
17Meynard J-M. et al. (2018) Socio-technical lock-in hinders crop diversification in France. Agronomy for Sustainable Development 38.
18Valiorgue B. et al. (2020) Quelles évolutions de la raison d’être des coopératives agricoles françaises ? Regard historique sur un construit social. RECMA 358:23–38.
19L’Atelier Paysan (2021a) Reprendre la terre aux machines. Seuil Anthropocène.
. Nous en proposons ici une lecture croisée et personnalisée en insistant sur ceux qui à nos yeux sont les plus décisifs (Figure IV.3).

schema verrouillage
Figure IV.3 : principaux obstacles à une transformation du système alimentaire.
Voir texte pour une description des différents verrous.
Crédits : Les Greniers d’Abondance, CC BY-NC-SA

La politique commerciale et agricole

Les politiques ayant favorisé la libre concurrence sur les marchés agricoles sans corriger leurs défaillances (concentration économique, externalités négatives) ont abouti à la mise en place de puissants verrous. Les accords de libre-échange créent les conditions d’une compétition internationale pour produire des marchandises aux coûts les plus bas. Faible rémunération du travail et laxisme dans les conditions sociales et environnementales de production deviennent des « avantages comparatifs » sur les marchés mondiaux. Sans régulation des échanges commerciaux, les systèmes agroécologiques et locaux se trouvent concurrencés par des produits d’importation moins chers. Ils sont donc automatiquement contre-sélectionnés ou cantonnés à des marchés de niche.

lentilles
La lentille est une culture clé de la transition agroécologique, aussi bien pour son intérêt agronomique que nutritionnel. Le développement de sa production en France doit faire face à la concurrence des importations, en particulier en provenance du Canada. Cette culture y bénéficie de conditions pédo-climatiques favorables, mais elle profite également d’une organisation intensive de la production et de normes moins contraignantes : parcelles de plusieurs centaines d’hectares, utilisation d’un herbicide interdit au sein de l’Union Européenne, possibilité de traiter les parcelles au glyphosate jusqu’à quatre jours avant la récolte
20Fondation Nicolas Hulot, Interbev, Institut Veblen (2021) Comment protéger nos agriculteurs et l’environnement ? Un règlement pour stopper l’importation d’aliments issus de pratiques interdites en Europe.
. L’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada (CETA), adopté en 2017, a entériné cette concurrence inégale.
Crédits : © La Lentille Verte du Puy

En plus d’être l’un des espaces de libre-échange les plus aboutis au monde, l’Union Européenne a progressivement abandonné les outils de régulation des marchés (prix garantis, quotas, protections douanières) qui étaient au cœur de la Politique Agricole Commune dans les années 1960 et 1970

21Levard L. et Loyat J. (2021) Régulations des marchés et des prix agricoles. UTAA, note thématique n°4. Accessible en ligne.
. Il est impossible de mener une politique de transition agroécologique assurant la sécurité économique des producteurs sans redéfinir les règles de la concurrence entre États membres et sans intervenir sur les marchés. C’est particulièrement vrai pour les productions animales où la nécessaire diminution des volumes (voir III. Les piliers d’un système alimentaire résilient et durable) est inenvisageable sans accompagnement de la collectivité pour éviter la faillite des éleveurs.

La concentration du pouvoir économique et politique

La concentration du pouvoir est une conséquence directe de la concentration économique, elle-même au cœur de la dynamique industrielle (Figures IV.1, IV.2, IV.4). Le pouvoir des grands groupes industriels et commerciaux s’exerce en premier lieu sur les marchés : leur position d’oligopoles dans les secteurs de l’agrofourniture, du commerce de gros, de la transformation et de la distribution leur permet d’avoir une influence disproportionnée dans la négociation des prix et des standards de production. Captifs de ces marchés, et dépourvus de formes d’organisation collective suffisamment puissantes

22Les coopératives agricoles pourraient jouer ce rôle mais elles restent d’une part soumises aux mêmes impératifs de compétitivité que les autres entreprises, et se sont d’autre part largement autonomisées vis-à-vis de la majorité des agriculteurs adhérents, dont le niveau d’information et les intérêts ne convergent pas nécessairement avec ceux des dirigeants. Voir Saïsset L-A. (2016) La gouvernance des entreprises coopératives agricoles : fondements et mutations profondes. Dans Lubello P. et al. (Eds.) Systèmes agroalimentaires en transition (pp. 35–50). Quæ.
, les agriculteurs et les consommateurs n’ont aucune emprise sur les stratégies commerciales – parfois notoirement déloyales
23Entre autres : pression sur les prix, menaces de déréférencement, exigence de promotions ou de mise aux normes à la charge des fournisseurs, exclusion des petits producteurs ou des formes d’organisation collective dans les pays du Sud. Voir Le BASIC (2015) Qui a le pouvoir ? Revoir les règles du jeu pour plus d’équité dans les filières agricoles.
– ainsi déployées.

concentration grande distribution
Figure IV.4 : Concentration économique dans les secteurs de l’agroalimentaire et de la distribution en France.
Source : Les Greniers d’Abondance CC BY-NC-SA, d’après Agreste (2021)
24Agreste (2021) Graph’Agri 2021. Entreprises. IAA et commerce de gros agroalimentaire par catégorie.
et Autorité de la Concurrence (2020)
25Autorité de la Concurrence (2020) Centrales d’achat : l’Autorité accepte les engagements proposés par Casino, Auchan, Metro et Schiever. Accessible en ligne.
.

Mais l’expression du pouvoir ne se limite pas à la négociation des prix. Les grandes entreprises ont les moyens de peser sur les institutions publiques et d’exercer leur influence dans le champ politique, médiatique, technique et scientifique, grâce à leur activité de lobbying et à la puissance de leur communication. Ce pouvoir s’exprime à travers l’influence dans la définition des lois et des normes, l’orientation de la recherche, mais aussi la modification des comportements de consommation et, plus largement, des rapports sociaux et des systèmes de valeurs. La publicité et les offres marketing façonnent très largement les préférences alimentaires. La mise sur le marché de nouvelles technologies par les industries de la semence, du machinisme ou de l’équipement agricole, détermine les systèmes de production associés et crée une situation de dépendance durable. La privatisation de certaines ressources et savoirs (ressources génétiques, données numériques, pharmaceutique…) s’oppose au développement d’alternatives ou à l’émergence de concurrents.

La transition agroécologique est contraire aux intérêts immédiats de la plupart des grands groupes industriels et commerciaux : réduction de l’activité dans plusieurs secteurs, exigences plus fortes concernant la rémunération des producteurs, la qualité nutritionnelle des aliments et les impacts environnementaux (voir III. Les piliers d’un système alimentaire résilient et durable). Les transformations nécessaires sont d’autant plus difficiles à mettre à l’agenda politique que ceux qui ont le plus à perdre sont puissants et organisés.

L’imprégnation idéologique du modèle agro-industriel

L’hégémonie du modèle agro-industriel et les stratégies d’influence des acteurs dominants exercent un fort pouvoir sur la façon de penser le système alimentaire, ses objectifs, ses défaillances et les transformations à opérer. L’augmentation de la productivité et l’innovation technologique sont présentées comme la principale mesure du progrès, voire comme la seule réponse possible face à la malnutrition ou aux crises environnementales. Cela finit par intégrer le sens commun et les visions alternatives sont souvent disqualifiées comme étant naïves ou régressives. L’éventail des solutions est réduit aux seules réponses techniques et les efforts de recherche consacrés à l’exploration d’autres voies sont marginaux. Il est à cet égard marquant que les seuls scénarios de transition transversaux, cohérents et entièrement chiffrés du système alimentaire (dont il est question dans la partie précédente) aient été produits par des petites structures aux moyens modestes

26Une association (Solagro) pour le scénario Afterres2050 à l’échelle France et un institut de recherche indépendant (l’IDDRI) pour TYFA à l’échelle européenne.
. Sous la présidence d’Emmanuel Macron, le gouvernement a consacré près de trois milliards d’euros du plan de relance à la « troisième révolution agricole », placée sous le signe du triptyque : « numérique, robotique, génétique »
27Le Dru M. (2021) Numérique, robotique, génétique: les ministres dévoilent le nouveau visage de l’agriculture ce vendredi. Le Progrès. Accessible en ligne.
. Si ces champs de recherche technologiques peuvent laisser espérer une nouvelle hausse de la productivité et de la compétitivité, ils ne répondent à aucun des enjeux contemporains du système alimentaire (voir I. Un système défaillant et II. Un système vulnérable).

drone
Un drone au-dessus d’un champ. L’adoption de nouvelles technologies est fortement promue par les partisans du modèle agro-industriel. Si leur utilisation peut permettre de dégager de nouveaux gains de productivité, elle renforce la spécialisation des exploitations, leur dépendance à des industries en situation d’oligopole, leur endettement, et leur vulnérabilité dans un contexte de contraintes croissantes sur les ressources et les chaînes de production d’équipements mondialisées.
Crédits : Max Pixel, domaine public.

De la même manière, l’idée inlassablement répétée par la grande distribution selon laquelle l’alimentation doit coûter le moins cher possible conditionne les attentes et les comportements des consommateurs. Les différentes enseignes font du faible prix de vente leur premier argument publicitaire, rivalisant de slogans et d’injonctions à payer moins cher sa nourriture : « Tous unis contre la vie chère », « Les prix bas, la confiance en plus », « Si vous trouvez moins cher ailleurs, on vous rembourse la différence », etc. Dépenser le moins possible pour s’alimenter est devenu la norme, si bien qu’un modèle alternatif qui ne s’y conformerait pas aurait du mal à bénéficier du soutien de l’opinion et des décideurs.

La spécialisation des productions et des territoires

Parce qu’elle permet de réaliser des économies d’échelle, la spécialisation est une caractéristique essentielle du modèle agro-industriel. L’orientation de l’activité vers un nombre restreint de productions – voire une production unique – s’observe aussi bien à l’échelle des exploitations que des territoires. Elle s’accompagne d’une standardisation guidée par les normes industrielles et de la mise en place de filières prenant en charge différentes étapes de la chaîne de production : fourniture des intrants (semences, engrais, pesticides, aliments pour animaux), conseil et accompagnement, récolte, tri, stockage, transformation, commercialisation. Le niveau actuel de spécialisation est un obstacle à la transition agroécologique, la diversification des pratiques et des productions étant justement un de ses axes clés.

D’une part, la diversification des cultures est nécessaire pour casser les cycles des bioagresseurs et pour renouveler la fertilité des sols (apport d’azote par les légumineuses notamment). Elle se heurte à de nombreuses difficultés : charge de travail supplémentaire, manque de disponibilité en variétés adaptées ou en machines spécifiques, besoin de formation des producteurs et de leurs partenaires techniques ou commerciaux, absence de filière pour la récolte ou le stockage, débouchés incertains et moindre valorisation économique des produits issus d’une diversification par rapport aux cultures dominantes

28Meynard J-M. et al. (2018) Socio-technical lock-in hinders crop diversification in France. Agronomy for Sustainable Development 38.
. D’autre part, le caractère plus hétérogène des productions agroécologiques peut ne plus satisfaire aux standards requis par les acteurs aval : teneur en protéines du blé ou du lait, apparence ou conservation des fruits et légumes. Enfin, la diversification des territoires implique de réduire le nombre d’animaux dans les zones d’élevage intensif et d’en réintroduire dans les zones de grandes cultures, en fonction des besoins nourriciers et des possibilités agronomiques. L’absence d’abattoirs, de laiteries, de vétérinaires et d’autres éleveurs dans ces régions constitue un puissant frein à ces évolutions. Ces infrastructures et ces services sont en effet difficilement viables en dessous d’un certain seuil de production ; seul un mouvement collectif et planifié de diversification permettrait d’amortir les investissements nécessaires.

Les investissements à rentabiliser

La réduction des coûts de production qui s’impose aux acteurs économiques pris dans la dynamique industrielle nécessite d’importants investissements (Figure IV.2). Agriculteurs comme entreprises agroalimentaires se sont endettés et s’endettent encore actuellement pour acquérir de nouvelles machines, de nouveaux bâtiments ou du foncier supplémentaire, et ainsi gagner en productivité. Une fois réalisés, ces investissements engagent les systèmes de production dans certains itinéraires techniques dont il est très difficile de sortir sans compromettre la capacité des entreprises à honorer les emprunts contractés. Cette situation constitue donc un obstacle à la réduction de l’utilisation d’intrants et des volumes de production, à la diversification des cultures ou au rééquilibrage de la répartition des unités de transformation sur les territoires.

La transition agroécologique crée de fait des « actifs échoués », c’est-à-dire des actifs dont la valeur chute en raison des nouvelles pratiques et normes (comme les infrastructures d’exploitation des énergies fossiles dans le contexte de la lutte contre le dérèglement climatique). C’est le cas par exemple des bâtiments d’élevage hors-sol, des serres chauffées, du matériel agricole très spécialisé (robot de traite, arracheuse à betteraves) ou des sites industriels où se concentre la majeure partie des activités agroalimentaires. La transformation des systèmes de production passe donc par la mise au point de mécanismes de compensation de ces pertes.

La configuration actuelle de l’emploi

La transition agroécologique implique des besoins accrus de main d’œuvre pour la production agricole, mais une réduction d’activité dans le secteur de la fabrication d’intrants chimiques ou dans les filières animales et une réorganisation spatiale de nombreuses activités de transformation. Si le bilan net en emplois sera vraisemblablement positif

29The Shift Project (2021) L’Emploi : moteur de la transformation bas carbone. Accessible en ligne.
, l’accompagnement de ces mutations professionnelles représente un défi politique considérable. Certains des sites industriels concernés jouent localement un rôle crucial en fournissant du travail à de nombreux habitants (par exemple les usines de transformation de produits animaux dans le Grand Ouest). Sans mesures garantissant la sécurité économique et psychologique des changements de parcours individuels, les formations et reconversions nécessaires seront difficiles à vivre, et provoqueront de vives et légitimes protestations. Plus généralement, c’est l’ensemble du tissu économique de ces territoires qui pourrait se dégrader.

abattoir
Site d’abattage de bovins et de préparation de viande de l’entreprise Charal (groupe Bigard) à Cholet.
Ce site industriel fournit un emploi à environ un millier de personnes, compte d’importants investissements à rentabiliser et en prévoit de nouveaux
30Le Brigand J. (2021) Bigard va refondre l’abattoir Charal à Cholet. Atlantique Presse Information (API). Accessible en ligne.
. Une réduction d’activité, contrainte ou planifiée, devra s’accompagner de mesures de compensation et d’accompagnement à la reconversion professionnelle appropriées.
Crédits : © Google Maps, URL : https://goo.gl/maps/zbB4GVaNB5tbiRn66

La précarité alimentaire

Malgré le niveau historiquement faible de la part du budget consacré à l’alimentation

31Agreste (2021) Graph’Agri 2021. Revenus et dépenses des ménages.
, se nourrir reste difficile pour une partie importante de la population (voir I. Un système défaillant). La transition agroécologique se traduirait vraisemblablement par une hausse des coûts de production et des prix alimentaires
32Voir III. Les piliers d’un système alimentaire résilient et durable ; Questions et objections fréquentes.
. Sans mesures garantissant un accès équitable aux produits issus de l’agroécologie, cela conduirait à une augmentation de la précarité alimentaire et de la malnutrition. La tendance actuelle à une séparation entre alimentation de riches et alimentation de pauvres se poursuivrait avec comme conséquences le maintien et la légitimation du modèle agro-industriel en parallèle des circuits agroécologiques et un creusement des inégalités sociales
33Pour plus de détails sur la structuration d’un « clivage de classe » autour de l’alimentation voir L’Atelier Paysan (2021a) Reprendre la terre aux machines. Seuil Anthropocène. pp.98–105 et 166–173.
.

Le poids du capital et de l’endettement dans les exploitations agricoles

Le poids du capital dans les exploitations agricoles modernes constitue un frein majeur à l’évolution des pratiques et au renouvellement des générations

34Marie M. et al. (2020) La Scop, pour un autre statut paysan ? Campagnes Solidaires 367.
. S’installer en agriculture nécessite un apport en capitaux considérable pour disposer d’un outil de travail fonctionnel : machines, bâtiments, animaux, foncier
35Même lorsque les terres sont en fermage, la transmission d’un bail peut faire l’objet d’un paiement à l’agriculteur sortant. Bien qu’illégale, cette pratique du « pas de porte » est répandue dans certaines régions de grandes cultures et les montants peuvent être significatifs (de 3 000 à 6 000 euros l’hectare pour une transmission familiale jusqu’à plus de 10 000 euros l’hectare en dehors de ce cadre). Voir Lallau B. et al. (2015) L’analyse du pas-de-porte en agriculture et le renouvellement des générations en zone de fermage majoritaire. Rapport de synthèse.
. Même en cas de transmission familiale, l’endettement reste la norme et pèse durablement sur la trésorerie de l’exploitation. Le bénéfice de l’activité agricole est consacré en priorité au remboursement des emprunts et donc à la constitution d’un capital au détriment du revenu et de la protection sociale. La valorisation de ce capital devient le seul moyen de compenser le faible niveau des retraites et des prestations pour maladie ou accident. Dès lors, un cercle vicieux s’impose aux agriculteurs, encouragé par le système dans lequel ces derniers évoluent : organismes de conseil, incitations fiscales, exemples dans l’entourage professionnel et familial
36Sur les dispositifs fiscaux (déduction pour investissement, exonération des plus-values) et leurs effets, voir Delaire G. et al. (2011) La fiscalité du bénéfice réel agricole doit-elle continuer de subventionner l’accumulation des moyens de production ? Économie rurale 323.
. Optimisation fiscale, minimisation des cotisations sociales, sur-équipement et agrandissement s’entretiennent, avec comme finalité l’accroissement du capital d’exploitation et comme principales conséquences l’endettement et l’augmentation de la charge de travail et des difficultés à transmettre l’exploitation.

Cette situation d’endettement structurel enferme les exploitations agricoles dans des trajectoires conformes au modèle agro-industriel. Une réorientation vers des pratiques agroécologiques représente dans ce contexte un risque pour la survie de nombre d’entre elles. Par ailleurs, le poids des investissements initiaux est un frein majeur à l’installation. Ceux-ci peuvent être alourdis par deux facteurs supplémentaires. D’une part, la nécessité de se loger sur la ferme ou à proximité, que ce soit en rachetant l’habitation des cédants, en construisant un nouveau logement ou en aménageant un bâtiment existant. D’autre part, le fait que de nombreux bâtiments agricoles soient vétustes et amiantés

37L’Atelier Paysan (2021b) Restructurer pour mieux transmettre. Accessible en ligne.
, ce qui occasionne des coûts très importants de rénovation et de mise aux normes. Le renouvellement agricole en est d’autant plus difficile, alors même que les réponses aux enjeux actuels nécessitent une main d’œuvre plus importante (voir III. Les piliers d’un système alimentaire résilient et durable).

ferme
Une ferme à reprendre dans le Cher. Cette exploitation de 105 hectares, spécialisée en production de viande bovine, compte huit bâtiments agricoles (étables et hangars) et une maison d’habitation. Son prix de vente est évalué à 1 200 000 euros. La nécessité de devenir propriétaire des moyens de production constitue un obstacle important à l’installation de nouveaux agriculteurs.
Crédits : © Safer du Centre.

La construction de l’identité professionnelle

38En sociologie, l’identité professionnelle renvoie au « sentiment d’appartenance à une profession issue d’une socialisation et dont le résultat est la conformité aux normes collectives. Cette dernière se caractérisant par l’usage de pratiques, de vocabulaire ou de gestes communs. » Fray A-M. et Picouleau S. (2010) Le diagnostic de l’identité professionnelle : une dimension essentielle pour la qualité au travail. Management & Avenir 38:72–88.

Un individu construit son identité au travers de ses expériences, de ses relations et de ses trajectoires de vie. La vie professionnelle tient une part importante dans cette construction identitaire, en particulier chez les agriculteurs, dont le métier est souvent associé à un fort engagement personnel. Par conséquent, les critiques dirigées contre le modèle agro-industriel sont parfois vécues comme une remise en cause de leur propre personne. Les changements profonds – à la fois en termes de pratiques que de valeurs – qu’implique la transition agroécologique conduisent une partie de la profession agricole à une crispation identitaire

39L’Atelier Paysan (2021a) Reprendre la terre aux machines. Seuil Anthropocène.
. Les injonctions contradictoires – être plus compétitif, tout en préservant l’environnement – portées par les responsables politiques nourrissent colère et ressentiment et peuvent finir par rendre inacceptable l’idée d’une transition, et ce d’autant plus que de nombreux travailleurs sont en situation de fragilité (voir I. Un système défaillant).

Plus insidieusement, la remise en question légitime d’un système insoutenable est instrumentalisée par les tenants du modèle agro-industriel. La diffusion du concept « d’agribashing » par ces derniers en est une illustration marquante

40Voir Matalon V. (2019) « Ce n’est pas l''agribashing' qui pousse au suicide ! » : des agriculteurs regrettent la mobilisation lancée par la FNSEA. FranceInfo. Accessible en ligne.
. Le terme, qui renvoie à un supposé dénigrement systématique des agriculteurs, crée l’illusion d’un groupe social homogène dont les intérêts convergent avec ceux des industriels, poussant certains agriculteurs à défendre un modèle pourtant à l’origine de leurs propres maux (voir I. Un système défaillant).

Ce verrou est l’un des plus saillants car c’est souvent au prisme d’une confrontation entre groupes sociaux que les problématiques agricoles s’expriment dans les médias et dans les discours de représentants politiques et syndicaux. Le fait que les groupes en question (agriculteurs comme consommateurs) soient en réalité dotés de bien peu de pouvoir face aux firmes industrielles et commerciales et que leurs actions soient en grande partie déterminées par le système dans lequel ils évoluent est en revanche rarement mis en avant.

Changer les règles du jeu

S’il est indispensable d’agir sur les obstacles clés présentés ci-dessus pour permettre une véritable transition agroécologique, il faut garder à l’esprit que de nouveaux verrous ont toutes les chances de se mettre en place tant que les « règles du jeu » ayant donné naissance au modèle agro-industriel restent inchangées (Figure IV.2). Celles-ci forment un système d’incitations et de contraintes qui s’impose aux acteurs économiques : normes, fiscalité, encadrement de la concurrence et des marchés, règles du commerce international, etc.

Ces règles sont aujourd’hui aveugles à la prise en compte de l’intérêt collectif et à la préservation des biens communs. Dans un tel contexte, la recherche des coûts de production les plus bas engendre mécaniquement d’importants dommages en matière de santé publique, de conditions de travail ou d’environnement. Transformer véritablement le système alimentaire implique donc de surmonter ce « verrou des verrous » en changeant les règles du jeu qui détermine son organisation (voir V. Les leviers de la transformation du système alimentaire).