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Résilience alimentaire et collectivités territoriales
Les dégradations de fond sont déjà en cours, diverses et profondes. Tous les signaux indiquent qu’elles vont s’aggraver, et avoir en retour des impacts négatifs majeurs sur nos sociétés. Elles seront accompagnées de situations de crise, par définition imprévisibles. Améliorer la résilience du système alimentaire est un impératif afin d'anticiper ces différentes menaces. L'échelle d'action, les compétences, la responsabilité et la légitimité démocratique des collectivités territoriales leur confèrent une position privilégiée pour construire des projets de résilience alimentaire.
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VR1. Augmenter la population agricole
Entre 1990 et 2018, la population active agricole a été divisée par deux. La profession, qui représente aujourd’hui moins de 3 % des actifs et 1 % de la population totale, est vieillissante et peine à se renouveler. La France comptera encore un quart d’agriculteurs en moins d’ici une dizaine d’années si rien n’est fait pour freiner la tendance, alors que la transition vers un système alimentaire résilient nécessite des fermes plus nombreuses et diversifiées, et des pratiques plus intensives en main d’œuvre.
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VR2. Préserver les terres agricoles
Habitats, routes et zones d’activités (commerciales, industrielles ou artisanales) : les constructions humaines s’étendent à un rythme soutenu, détruisant de façon souvent irréversible des terres agricoles fertiles situées à proximité de nos lieux de vie. Pour préserver ces terres, et faciliter la relocalisation de la production, les collectivités doivent se fixer un objectif de « zéro artificialisation nette ».
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VR3. Favoriser l’autonomie technique et énergétique des fermes
La production agricole actuelle repose sur un système technique complexe et une consommation élevée d’énergie fossile. Ce manque d’autonomie est une vulnérabilité dans un contexte de contraintes économiques et énergétiques. Le développement d’un réseau de fabrication d’outils agricoles low tech et de sources d’énergie locales est un facteur de résilience essentiel à l'échelle territoriale.
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VR4. Diversifier les variétés cultivées et développer l’autonomie en semences
La grande homogénéité génétique des variétés modernes les rend vulnérables face à des perturbations climatiques ou biologiques de plus en plus fréquentes. Les semences sont produites par des entreprises spécialisées, pour des pratiques agro-industrielles peu résilientes et sans prise en compte des spécificités territoriales. Face aux menaces globales, il est indispensable de développer un réseau local de sélection et de distribution de semences, afin de disposer de variétés diversifiées et adaptées au territoire.
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VR5. Adopter une gestion intégrée de la ressource en eau
L’eau est un facteur limitant crucial pour la production agricole. Dans un contexte de changement climatique rapide, les tensions d’accès à la ressource vont être exacerbées. Le choix des cultures et l’utilisation de pratiques agronomiques économes peuvent limiter la gravité de cette menace.
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VR6. Évoluer vers une agriculture nourricière
Le paysage agricole français, très diversifié jusqu’à la première moitié du XXe siècle, pourvoyait à une grande partie des besoins alimentaires à l’échelle locale. Les régions agricoles sont aujourd’hui largement spécialisées. À l’échelle d’un bassin de vie, presque toute la production agricole est exportée, tandis que presque tous les aliments consommés sont importés. Relocaliser le système alimentaire pour renforcer sa résilience nécessite de développer une agriculture nourricière, donc diversifiée.
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VR7. Généraliser l'agroécologie
En France, l'agriculture occupe plus de la moitié du sol métropolitain. Les pratiques agricoles constituent donc la plus grande force d’évolution des paysages, et de la biodiversité qu’ils abritent. L’intensification sans précédent de l’agriculture se manifeste aujourd’hui par un environnement profondément dégradé, une dépendance élevée à de nombreux intrants et une grande homogénéité des systèmes agraires. Les pratiques agricoles dominantes s’avèrent source de vulnérabilité et d’aggravation des menaces décrites dans ce rapport. L’adoption massive de pratiques agroécologiques est impérative pour renforcer la résilience des fermes et enrayer l’anéantissement de la vie sauvage.
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VR8. Développer des outils locaux de stockage et de transformation
La grande majorité des produits alimentaires ont fait l’objet d’une ou plusieurs transformations : meunerie pour la farine, pression pour l’huile, fermentation pour les produits laitiers, abattage et découpe pour la viande... L’industrie agroalimentaire s’est concentrée et l’essentiel de la production repose désormais sur de grosses unités, distantes des fermes et des consommateurs. Limiter la dépendance du système alimentaire aux transports et aux énergies fossiles passe donc par la relocalisation d’unités de transformation.
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VR9. Simplifier et raccourcir la logistique et l’achat alimentaire
En l’espace de quelques décennies, l’essor des industries agroalimentaires et de la grande distribution ont bouleversé la logistique alimentaire. Les denrées sont aujourd’hui majoritairement transportées par cargos et camions sur des milliers de kilomètres, et acheminées en flux tendus vers des points de vente souvent inaccessibles sans voiture. Anticiper le déclin de la production pétrolière nécessite de diminuer fortement les distances parcourues par les aliments et les consommateurs en déployant des réseaux de distribution locaux.
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VR10. Manger plus végétal
L'évolution des pratiques de consommation est indispensable à la transformation des systèmes de production. Face aux contraintes croissantes sur les rendements des productions végétales, réduire la consommation de produits animaux permet un usage beaucoup plus efficace des ressources d’un territoire. Les filières d’élevage industriel doivent évoluer vers des productions de qualité et de faibles volumes. Il est également nécessaire de remettre au cœur de notre régime les produits peu ou pas transformés, et de combattre le gaspillage alimentaire.
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VR11. Recycler massivement les nutriments
Les cultures nécessitent un sol fertile, suffisamment riche en matière organique et en nutriments accessibles. Le renouvellement de la fertilité repose aujourd’hui sur l’utilisation de grandes quantités d’engrais minéraux. La disponibilité future de ces derniers est compromise par la raréfaction des ressources énergétiques et minières. Assurer le recyclage des nutriments est incontournable pour améliorer la résilience alimentaire des territoires. Cela passe par le retour aux champs des excrétats humains (urines et matières fécales) et la valorisation généralisée des biodéchets.
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Construire et financer un projet de résilience alimentaire
Le système alimentaire fait intervenir un grand nombre d'acteurs. Construire un projet de résilience alimentaire implique de se doter d'instances de gouvernance et de moyens financiers pour établir une stratégie s'inscrivant dans la durée. Quelques pistes sont présentées succinctement dans cette dernière partie. Elles seront approfondies dans une prochaine édition de ce rapport, enrichies d'initiatives déjà en cours ou à venir.
Sauf exception signalée, ce document et l’ensemble des textes et des illustrations originales qu’il contient sont publiés par l’association Les Greniers d’Abondance sous la licence CC BY-NC-SA 4.0 (Creative Commons, Attribution, Pas d’utilisation commerciale, Partage dans les mêmes conditions).
Ce rapport est le fruit d’un projet collectif porté par les membres de l’association Les Greniers d’Abondance, et coordonné par Félix Lallemand, docteur en écologie et évolution, et Arthur Grimonpont, ingénieur-chercheur en aménagement du territoire. L’élaboration de la maquette graphique et la mise en page ont été coordonnées par Edwin Paquiot et Cécilia Thibaut. Les travaux de recherche, d’écriture, de relecture, d'illustration et de mise en page ont été réalisés de manière entièrement bénévole. Que l’ensemble des personnes suivantes soient grandement remerciées pour leurs contributions : Jean-Charles Abrial, Chloé Adelheim, Marie Baffard, Mathieu Bazaud, Sophie Boisselier, Mario Bon, Eva Boyer, Camille Blin, Anne- Cécile Brit, Jeanne Chiche, Vincent Cohen, Catherine Cuenca, Benjamin Cuillier, Valentin Deltreil, Étienne Dufour, Chloé Dusacre, Charles Englebert, Thomas Fabre-Barthez, Théa de Fouchécour, Élie Grinfeder, Paul Kennouche, Simon Klein, Philippine de Lattre, Léo Lemeray, Thibault Lorin, François Maître, Agathe Malbet, Joseph Maussion, Céline Monthéard, Justine Multon, Laura Papet, Rudy Patard, Corentin Pinsard, Aglaé Poisson, Louise Raguet, Thomas Sablé, Cécile Sambourg, Laure Schneider-Maunoury, Chloé Urvoas, Arnaud Vens, Lan Anh Vu Hong.
Des relecteurs et des relectrices extérieur·e·s aux Greniers d’Abondance, expert·e·s dans différents domaines du système alimentaire, ont permis de rendre ce travail plus rigoureux, cohérent et réaliste. Nous remercions pour leurs conseils :
- Émilie BABUT, chargée de projets d’investissement à la Banque des Territoires (groupe Caisse des Dépôts et Consignations)
- Adrien BAYSSE-LAINÉ, docteur en géographie et aménagement, enseignant à l’École Normale Supérieure Ulm
- Martin BOCQUET, chargé d’études aménagement urbanisme foncier au Cerema
- Evelyne BONILLA, conseillère projets en agriculture biologique à la Maison de l’Agriculture Biologique de Charente
- Sébastien BRUAND, maraîcher et président de la Maison de l’Agriculture Biologique de Charente
- Marianne CERF, ergonome et directrice de recherche à INRAE
- Yuna CHIFFOLEAU, agronome et directrice de recherche à INRAE
- Claire DELFOSSE, professeure de géographie et directrice de recherche à l’Université Lyon 2
- Éloïse DESCAMPS, chargée de mission territoire et alimentation chez Solagro
- Aurore DUPONT, cheffe de projet agriculture et alimentation à la communauté d’agglomération GrandAngoulême
- Fabien ESCULIER, chercheur en biogéochimie territoriale à l’École des Ponts ParisTech
- Gaël LÉOPOLD, directeur de Toilettes du Monde
- Marine LEGRAND, chercheuse en anthropologie de l’environnement et médiatrice à l’École des Ponts ParisTech
- Jérôme LIBESKIND, expert consultant en logistique urbaine
- Materne MAETZ, agronome et économiste, ancien fonctionnaire principal pour les politiques agricoles de la FAO, fondateur du site www.lafaimexpliquee.org
- Gilles PIPIEN, ingénieur général des ponts, des eaux et forêts, administrateur de l’association Humanité et Biodiversité
- Philippe POINTEREAU, agronome, directeur adjoint chez Solagro et co-auteur du rapport Afterres 2050
- Jean-Louis RASTOIN, professeur émérite à Montpellier SupAgro, fondateur de la chaire UNESCO « Alimentations du monde »
Les personnes ayant contribué à la réalisation de ce travail déclarent l’absence de tout conflit d'intérêt lié à leur situation professionnelle ou personnelle. Les propos tenus dans ce rapport n’engagent que l’association Les Greniers d’Abondance.
Le choix de l’écriture inclusive n’a pas été fait mais nous considérons dans le texte aussi bien les citoyens et les citoyennes, les travailleurs et les travailleuses, les agriculteurs et les agricultrices, etc.
Ce travail a bénéficié du soutien financier de l’ADEME.
Citation recommandée : Les Greniers d’Abondance (2020) Vers la résilience alimentaire. Faire face aux menaces globales à l'échelle des territoires.
Crédits illustration de couverture : Joseph Maussion
Crédits illustrations des chapitres : Chloé Adelheim, Marie Baffard, Eva Boyer, Jeanne Chiche, Théa De Fouchécour, Agathe Malbet, Aglaé Poisson et Thomas Sablé.
Design et mise en page : Edwin Paquiot et Cécilia Thibaut avec l’aide de Chloé Adelheim et Louise Raguet
Pour toute question ou remarque : contact@resiliencealimentaire.org